Artículo para L’Humanité por Daniel Filmus.
La ciencia y la tecnología argentinas están en grave peligro. En este artículo para L’Humanité analizamos el impacto del ajuste sobre el sistema científico, la pérdida de investigadores y la necesidad de fortalecer la solidaridad internacional para asegurar la supervivencia de nuestra ciencia.
Javier Milei à peine investi, en décembre 2023, l’énorme ajustement budgétaire imposé au secteur ainsi que l’agression et la stigmatisation des chercheurs et des universitaires laissaient présager le début d’une tentative de destruction d’un système scientifique doté d’une longue trajectoire et d’une grande excellence.
Face à aux premières attaques du président, 68 prix Nobel de sciences lui ont adressé une lettre dans laquelle ils affirmaient que le système scientifique et technologique argentin se trouvait au bord du précipice. Après plus de deux ans de gestion libertarienne, on peut affirmer que l’avertissement formulé par les Nobel se réalise.
Le budget de la science et de la technologie a été réduit de 50,8 %, celui des universités de 38 % et celui de l’éducation de base de 54 %. Les chercheurs ont vu leur salaire chuter de 40 % et nous devons déplorer la perte de 6 400 chercheurs et techniciens du secteur. Des organismes tels que le Conseil national de la recherche scientifique et technique, la Commission nationale de l’énergie atomique, l’Institut national de technologie industrielle, l’Institut national de technologie agricole, le Service météorologique national, l’entreprise de télécommunications Arsat, etc. ont été décimés et sont en danger. Les principaux projets technologiques sont à l’arrêt. Les sciences sociales ont été particulièrement stigmatisées et sous-financées.
L’attaque contre la science et la technologie ne répond pas uniquement à la recherche de « l’équilibre fiscal » que proclame le gouvernement. Elle est le produit de la fusion de trois conceptions qui convergent vers un regard antiscientifique. La première est liée à la perspective anarcho-capitaliste. Selon les mentors de cette théorie, l’État ne doit pas investir dans le développement scientifique.
Contrairement à ce que montre l’expérience internationale, ils soutiennent qu’il s’agit d’une fonction qui doit être assurée uniquement par le marché et la philanthropie. Cette perspective a fusionné avec l’application de politiques néolibérales dans leurs versions les plus radicales. Le modèle de développement proposé – extractiviste, d’exportation de produits primaires sans valeur ajoutée et de spéculation financière – ne nécessite ni science, ni technologie, ni travail qualifié.
Pour le néolibéralisme, l’éducation, l’université et la science sont une dépense, non un investissement. Enfin, l’anarcho-capitalisme et le néolibéralisme au sein du gouvernement Milei ont fusionné avec la troisième de ces conceptions : l’obscurantisme et le conservatisme de l’extrême droite traditionnelle argentine.
Ainsi, nous avons aujourd’hui un gouvernement qui proclame que le réchauffement climatique n’existe pas, qui mène des politiques antivaccins, qui est platiste, qui attaque l’interruption volontaire de grossesse et les politiques d’égalité de genre. C’est pourquoi l’Argentine s’est écartée de l’OMS, de tous les accords environnementaux et des organismes de droits humains.
Malgré cette situation difficile, nous, universitaires et chercheurs, avons investi les rues et résistons à l’attaque du gouvernement. Mais, pour assurer la survie de notre science, nous avons aussi besoin de la solidarité internationale. La France et sa communauté scientifique ont su le faire à l’époque où nous traversions les dictatures et le terrorisme d’État. De même que l’extrême droite, à l’échelle mondiale, déclenche une offensive contre les droits citoyens et la paix, il est nécessaire de renforcer les liens entre ceux qui ont confiance en la science comme l’un des principaux outils pour la construction d’un monde plus développé, plus égalitaire et plus pacifique.
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